Conférence “La conscience du temps” par Dominique Gris
13 octobre 2007, écrit par laurent« LabelPensée » samedi 6 octobre 2007
Dominique Gris
« LA CONSCIENCE DU TEMPS »
A ///
Introduction
« Il y a des gens tellement ennuyants qu’ils vous font perdre une journée en cinq minutes » Jules Renard
La motivation pour laquelle je tiens cette conférence s’explique à travers mes sources d’inspirations alliées à mes convictions qui se rapprochent de celle de Goethe : « Goethe entrevit à la lumière de sa propre expérience que l’art et la science pourraient former un jour les deux faces d’une même entité intellectuelle. La passion de la science, il le savait, tenait d’avantage à la lutte des idées qu’à l’accumulation des connaissances, et il devina aussi que les éléments adverses de certains antagonismes devaient s’interpénétrer, car chacun des deux extrêmes détient un attribut essentiel du monde intelligible, au lieu de lutter jusqu’à la mort d’un des deux camps. » in Jay Gould.
Il est tout à fait remarquable que nous sommes en présence ici d’une très belle description du conflit du fond et de la forme. Essayons d’introduire une dialectique, une sorte de troisième terme, celle qui relie le subjectif de la forme et de l’objectif du soi-disant fond, le facteur humain, sa conscience, son attention, son intention : « le temps est l’essence de l’attention » in Castaneda
Mais faisons nous une distinction claire de ces attitudes motrices de notre comportement comme « suivre sa conscience », « prêter son attention » , « avoir l’intention de » … ?
Quand dans un entretien avec Bohm, Krishnamurti dit « le temps est pensée », ne sentons-nous pas la sensation de cette prison intellectuelle où notre raisonnement sur le temps tourne en rond dans un ébat-débat ? Ne peut-on ne pas tomber dans le vortex de l’absurde s’il n’y avait pas un fondamental comme le suppose ces dialecticiens ? « Nous parlons de la vision pénétrante. En fait, la vision pénétrante est dénuée de temps. La vision pénétrante n’est pas le produit du temps – ce temps qui est mémoire, etc. Donc, il y a vision pénétrante. Cette vision échappant au temps, agit sur la mémoire, sur la pensée. De sorte que la vision pénétrante rend la pensée rationnelle, mais pas la pensée qui est basée sur la mémoire. Alors cette pensée, que diable peut-elle être ? » in « Le temps aboli »
L’association LABELPENSEE souhaite vous enrichir sur les réflexions que d’illustres humains ont exposées. Plus d’un se sont penchés sur la nécessité d’une telle démarche du savoir et l’aspect structurant de notre pensée. Ne doit-on pas allez justement à ce fondamental, et éviter la paresseuse attitude du « au diable la prise de tête » avec autant de rationalité ? Surtout sur un sujet tel que le temps dont les acceptions multiples rendent un flou artistique qui autorise des spéculations d’opinions qui n’ont de limite que le temps de l’épuisement des discours justement irrationnel.
Erwin Schrödinger, un homme très structuré mentalement et pourtant très ouvert à toute autre manière de penser autrement que dans sa spécialité de physicien avait compris « que le temps est quelque chose qui se médite plutôt qu’un objet à conceptualiser ».
N’ayons donc pas le toupet de proposer un concept nouveau du temps mais bien à regarder s’il s’agit d’un objet, ou autrement dit est-il objectivable ? Pour sauvegarder notre humilité, gardons dans le coin de l’œil la proposition du deuxième théorème d’incomplétude de Gödel disant, en langage simplifié, qu’il est vain de penser trouver une solution sur le même plan de raisonnement.
Faisons donc un point sur les concepts de temps jusqu’ici définis.
3 niveaux du temps
Passé, présent, futur : temps du sens commun qui n’en représente qu’un, le découpage d’une fixation à un repère ; il est fondé sur la mémoire d’événements différenciés. Les causes et les effets. C’est la fameuse flèche du temps.
Instant, durée, simultanéité : Attitudes psychologiques qui expriment le mouvement de la pensée.
La conscience du mouvement de la pensée permet l’observation de déplacement, elle en déduit une durée. La conscience peut projeter une focalisation, un « arrêt sur image », elle en déduit l’instant. La conscience de manifestations en correspondance dans l’espace, donc d’une certaine durée et au même instant, permet de déduire une notion de simultanéité.
A ce dernier concept est lié une forme de symétrie.
Notre vie, de la naissance à la mort nous impose une vue asymétrique du temps, nous ne pouvons revenir sur notre passé et notre futur est inéluctablement un vieillissement qui confirme pragmatiquement une succession de changement d’état irréversible.
Notre conflit se situe à cette interface, physiologiquement nous croissons et nous devenons autrement d’une façon irréversible ; pourtant, psychiquement, nous sommes doté d’une conscience qui peut rassembler les mémoires du passé pour influencer notre présent et modifier notre futur, tel est le cas par exemple d’émotions fortes ou de traumatismes qui interfèrent avec notre comportement : « j’en tremble d’avance ».
Et pourtant nos cellules se divisent, se multiplient quasiment à l’identique depuis des millions d’années : la duplication, est en elle-même une symétrie, c’est une reproduction. En terme d’individu nous sommes ontologiquement asymétrique (même notre visage !) ; en terme phylogénétique nos cellules s’accommodent très bien d’une réversibilité d’un processus biologique de l’unité fondamentale de notre structure. En effet, la cellule est capable de se reproduire à l’identique après s’être différencié à des degrés plus ou moins avancés.
Cette contradiction d’un temps asymétrique et d’une symétrie des fonctions se retrouve au niveau de la physique comme nous le verrons plus loin quand il s’agira d’explorer le temps dans l’infiniment grand et l’infiniment petit.
Les niveaux de temps en psychologie
La psychologie contemporaine résume ainsi ces notions du temps :
1/ Le premier niveau, commun à l’homme et à l’animal, est celui des rythmes biologiques et des réflexes conditionnés. Il ne faut pas sous-estimer l’importance de ce niveau sous prétexte qu’il ne fait qu’effleurer la conscience. Si l’on modifie, en effet, le rythme organique en modifiant son environnement, on change, du même coup, l’expérience que l’homme a du temps et qu’il exprime en des jugements conscients (expériences sous terre de longue durée). Ainsi, l’expérience consciente du temps se trouve encadrée non seulement par les connaissances vulgaires ou scientifiques, mais encore par le soubassement organique qui est structuré temporellement non moins que spatialement, comme le montre la science biologique (chronobiologie).
2/ Le deuxième niveau est celui du “ présent psychique ” ou du “ pseudo-présent ” que les psychologues ont remis en honneur à la fin du XIXe siècle. Dans ce présent, les relations de durée, de succession et de simultanéité ne sont pas seulement pensées, mais éprouvées et vérifiées. D’autre part, comme on l’a vu, c’est là que se distinguent les deux orientations opposées du passé et de l’avenir. Les dissensions sur le sens de la notion de temps proviennent des interprétations différentes qui sont faites de ce nœud de l’expérience temporelle.
3/ Le troisième niveau est celui de la réflexion qui double l’expérience du “ présent ” par la représentation objective du passé et de l’avenir et par l’estimation relative et quantitative de ces portions de temps reconnues comme absentes.
Si la représentation du temps s’articule sur des représentations à composantes trinaires (passé, présent, futur / durée, instant, simultanéité / biologique, mentale et conscience réflexive), la difficulté à comprendre notre monde n’en ai pas moins dualiste et fondé sur l’aspect symétrique ou asymétrique des lois de la nature. Oh miroir brisé !
La symétrie évoquée par l’éternel retour, et si agréable pour une « esthétique » ordonnée de notre monde, pourrait être rassurant sachant que l’horloger divin ne manquera pas de remonter le ressort de notre vitalité, se trouve confrontée à une chaudière chaotique dont Carnot nous fournira le premier et le second principe d’une thermodynamique annonciatrice des temps modernes –où Charlot lui-même fut brisé dans les roues d’une mécanique qui se détraque – enfin pour la citer l’entropie !
Avant de passer à ces notions de temps en physique, faisons un petit tour sur un autre arrangement du temps assez singulier définit par Enrst JUNGER.
Des concepts de temps « gigascopique » : Enrst JUNGER aborde 3 qualités de temps. Il s’agit de diviser l’Histoire en grandes périodes sous des aspects humains, aux possibilités sidérales concernant un astre terrestre :
1- le temps cosmogonique (à structure cyclique)
2- le temps géologique (d’une stratification exprimant la linéarité d’un processus)
3- le temps météorologique (d’un avenir soumis à des lois « turbulentes »).
Dans « Le mur du temps », après épuisement de l’intemporalité du mouvement circulaire et de son éternel retour, aux vues de l’asymptotique accélération de la croissance humaine et de son exponentielle accumulation d’informations sur la dernière couche géologique du quaternaire, l’auteur envisage un dépassement de ces temps cycliques et linéaires en une troisième phase encore en latence, une sorte de « fin des temps ».
Pour méditation : « Maintes fois déjà, la Terre a tiré de son fond originel des formes nouvelles. (…) Le vrai partenaire de la Terre n’est pas l’entendement avec ses plans titaniques, mais l’esprit comme puissance cosmique. » in « Le mur du temps »
A l’étude de ces concepts de temps, nous nous rendons compte que l’on peut qualifier le temps autour de paradigmes, sur des axes qui se singularisent. Le temps n’est plus vu comme une mesure de durée abstraite. Le temps contient des natures remarquables :
1/ il a une densité, une élasticité : les phénomènes s’accélèrent, ils convergent ;
2/ le temps se différencie – il y a un lever, il y a un coucher ! une naissance , une mort des particules ;
3/ enfin, le temps est mémoire active : les événements se « présentent ».
B ///
« Au commencement Dieu créa les cieux et la terre… » La bible de Louis Segond
« ENTETE Elohim créait les ciels et la terre… » La bible de Chouraqui
RELATION DU TEMPS A L’ESPACE EN PHYSIQUE
Un espace où y’a des choses qui s’passent
Comme dans toute dissertation, je respecterai une articulation qui reprend les éléments énoncés en fin de chapitre précédant afin de les approfondir.
1/ il a une densité, une élasticité : les phénomènes s’accélèrent, ils convergent
Que nous apprend la relativité d’Einstein par rapport à une physique newtonienne ? Dans cette dernière, le mouvement d’un corps se définit dans un espace à 3 dimensions isotropes dans un temps supposé le même pour tout observateur.
Ce que nous dit Einstein est que, en relativité générale, ces propriétés géométriques de l’espace ne sont pas indépendantes, elles sont conditionnées par la matière. La matière déforme son propre espace…quel poids ! Quelle responsabilité !
La base de cette assertion, et le plus délicat à comprendre, est que la mesure de la longueur d’un objet dépend de la vitesse du référentiel, cette distance n’est plus absolue. Plus la vitesse de celui qui mesure est grand (le référentiel) plus l’objet est petit. En conséquence « chaque corps de référence a son temps propre » in « la relativité ».
A la vitesse de la lumière, l’univers ne dure qu’un instant !
Mais cela implique aussi que dans un champ de gravitation, les rayons lumineux se courbent selon des trajectoires curvilignes, jusqu’à « tomber » sur eux-mêmes comme dans un trou noir stellaire. Le champ de gravitation en lui-même lie l’espace au temps ; l’isotropie de l’espace est respectée localement mais plus à l’échelle de l’univers, ni à l’échelle de la singularité extrême de la vitesse de la lumière où la masse devient infini comme dans le fameux trou noir.
L’autre conséquence est la remise en cause de la notion de simultanéité : « il faut penser qu’il y a un nombre infini d’espaces qui sont en mouvement l’un par rapport à l’autre. » in Einstein.
Les événements ne se passe pas dans les mêmes référentiels, ils ne peuvent communiquer entre eux que par un temps qui est imposé par celui de la vitesse de la lumière. En conséquence, notre vue sur l’univers est statique car 150 ans d’observation sur 15 milliards d’années représentent 1 sur 100 millions d’années, soit un flash de 3/10e de seconde sur l’histoire de l’univers. Si plus nous voyons loin, plus nous regardons vers le passé, en contrepartie, toute une génération d’humain ne pourra absolument pas savoir ce qui se passe à 150 années lumières de nous, car nous serons tous morts, et qui pourrait nous affecter. Notre galaxie à un diamètre de 100 000 années lumière et elle se déplace dans l’espace d’une façon apparemment corrélée, selon un spirale tournoyante, équilibre entre les forces centrifuges et gravitationnelles, telle le montre l’observation astrologique. Est-elle un système qui va se désagréger selon la 2nd loi de la thermodynamique ou se déplace-t-elle d’une manière cohérente ? Comment ? Par quelles transmission d’informations ?
Nous allons voir que la physique quantique aborde, dans sa nature même, ces questions d’échange d’informations et que la théorie thermodynamique s’occupe de leur distribution, sous forme d’évaluation de leur ordre/désordre, dans l’espace dont on sait maintenant qu’il est relié au temps
2/ le temps se différencie – il y a un lever, il y a un coucher
Si dans la relativité, les systèmes spatiaux sont séparés par le temps de la vitesse de la lumière, la physique quantique démontre une quantification intrinsèque de la constitution de notre continuum espace-temps, et qui n’en est donc plus un … de continuum !
Ainsi, l’espace mesurablement possible est formé de petites briques et le temps aussi, respectivement de longueur 10-35 mètre, et de durée 10-43 seconde.
Mais que se passe-t-il entre ces morceaux, pas de l’espace ou du temps vide, non ! Du non-temps ou du non-espace ? Des failles pour d’autres mondes ?
La conséquence cosmologique des propriétés remarquables de la physique quantique fait que l’univers doit être vu comme vide, et ce vide comme le résultat d’une tension opposée des particules et de leur anti-particule. Ainsi, à l’échelle quantique l’espace est plat, il n’est plus courbe comme en relativité. Voilà une des oppositions entre les deux théories.
De plus, l’énergie circule par quantum, par saut, et pour Michel Cassé, « une mesure de densité est une mesure de temps ». Or les équations de transformation de particules en d’autres dans l’infiniment petit sont réversibles. Nous pouvons donc remonter le temps.
Voici une autre divergence avec les fondements de la physique relativiste.
Enfin, le comportement dual onde-corpucule , et la représentation de son état primaire appelé « fonction d’onde PSY : ψ» fait que la matière disparaît de plus en plus de la conception de notre réalité. Nous reparlerons donc de cet importante introduction de la virtualité.
Le phénomène appelé effondrement de l’onde PSY signifie « matérialisation » de particules. Ici, ce n’est plus la masse qui va influer sur le temps, mais le rôle de l’observateur. Voici ce qu’en dit Michel Cassé in « du vide et de la création » : « c’est l’observation qui donne l’existence. Etre, plus que jamais, c’est être perçu. Les êtres et les objets ne sont pas discontinus. La discontinuité* n’apparaît qu’une fois accompli l’acte de mesure, ou l’acte de connaissance. La « réalité » s’est donc dissoute dans la clarté des symboles mathématiques, comme aimait à le dire Heisenberg, et la matière s’est dématérialisé ».
(*donc temporalité quantique)
L’onde se lève, elle devient particule par la mesure ; la particule se couche, il suffit d’oublier de la percevoir !
Mais est-ce aussi réversible ? Qu’en dit la thermodynamique ?
3/ Le temps est mémoire active : les événements se « présentent »
La thermodynamique étudie le comportement de la matière dans son aspect global et en déduit des principes de manifestations. En ce qui concerne le temps thermodynamique : tout système chaotique semble se diriger irréversiblement vers une sorte d’équilibre. De l’ordre vers le désordre : l’entropie « Comment comprendre même l’existence de l’entropie, fonction dissymétrique, par rapport au temps, de l’état macroscopique du système, alors que l’on sait que l’évolution microscopique du matériau est symétrique ».
Ceci engendre une autre implication conceptuelle, celle de système évolutif : « le concept de devenir (la croissance de l’entropie) dépasse celui de l’être (les particules et autres objets physiques) ; l’idée d’évolution prend le pas sur celle d’exister ; Héraclite, le zélateur de la mouvance, fait oublier Parménide, le dévot de l’immobilisme. »
Evolution des systèmes, relations de cause à effet, correspondances entre les phénomènes, qui met de l’ordre dans la nature, dans tous ces événements qui « se présentent » ?
Nous entrons dans un domaine de réflexion où le détour d’analyses subtiles d’une succession de grands penseurs s’avèrent utile pour comprendre la phénoménologie du temps qui, ne l’oublions pas, semble très liée à ladite pensée !
Eh oui étonnant la différence de traduction du premier verset de la bible. « Au commencement » et « Entête ». Passage de l’objectif (distanciation) au subjectif de « dedans la tête » !
Pour ne pas se perdre dans les circonvolutions complexes de cette pensée philosophique, nous dégagerons certaines remarques qui résumerons ce chapitre sur la physique du temps :
Qui de la masse ou de l’observateur influe sur l’espace et le temps ?
L’entropie, ou son information contenue, est-elle réversible par l’impossibilité à ce jour d’un échange d’information supérieur à celui de la vitesse de la lumière ?
Qu’est-ce donc que cette densité qui capte l’information dans les trous noirs, qui semble un tissu de vide entre les particules quantiques et qui fait le chaud et le froid de nos congélateurs.
C ///
L’inversion
La révolution sur le temps au 20e siècle en physique, montre qu’il a un commencement, qu’il évolue (il n’est plus statique), il a donc une histoire et une mémoire, qu’il est fragmenté (quantique), qu’il existe une contradiction à ce jour insurmontable entre sa symétrie théorique et son asymétrie « de bon sens ».
Bon candidat au Schmilblick !
L’importance du concept de densité s’ouvre, si j’ose dire, sur le problème d’un trou noir et de savoir ce que devient la matière absorbée dans ce puit sans fond.
Le deuxième aspect de la densité concerne la longueur des ondes électromagnétiques. Une onde de haute fréquence est plus dense qu’une autre de plus basse fréquence. Puisque la matière sous forme ondulatoire l’est également sous forme corpusculaire, l’hétérogénéité du temps, ses pleins et ses vides, y est plus grande qu’on le soupçonnait.
A l’horizon d’un trou noir la matière disparaît, on appelle cela une singularité.
C’est une phase où le communément valable est mis à mal, une sorte de pli où d’autres lois font émergence.
Deleuze joue d’une image très expressive, la sortie des gonds. Le phénomène sous-jacent est une intensité des facultés de penser, une violence qui force à penser et qui la fait sortir des gonds. « Mais qu’est-ce que les gonds, sauf la forme du sens commun qui faisait tourner et converger toutes les facultés ? » in « différence et répétition ».
Nous abordons là l’origine même du mouvement de la pensée. « C’est pourquoi les conditions (de « l’apprendre » sont déterminées par Platon sous la forme de réminiscence, et non pas de l’innéité. Un temps s’introduit dans la pensée, non pas comme le temps empirique du penseur soumis à des conditions de fait, et pour qui penser prend du temps, mais comme temps de la pensée pure ou condition de droit (le temps prend la pensée). »
Deleuze distingue bien le temps de la pensée et un autre phénomène de nature différente (où l’apprendre est la vraie structure transcendantale) qui « introduit le temps dans la pensée, mais comme forme pure du temps vide en général, et non comme tel passé mythique… ».
Le temps vide résonne étrangement avec le temps quantique fait de brique temporelle laissant place à ….événement singulier !
Si l’on prend l’image du sablier, la singularité se situe au niveau de l’étranglement. C’est aussi une très bonne image pour rendre compte des concepts du virtuel et de l’actuel chez Deleuze. Car tout le phénomène d’inversion se situe dans ce petit schéma de 2 cônes qui s’oppose et s’inverse. Après le trou noir, la fontaine blanche cosmologique.
Voici comment s’exprime notre visionnaire mais défunt philosophe. Deleuze P.358 : « Toutes choses a comme deux « moitiés », impaires, dissymétriques et dissemblables, les deux moitiés du Symbole, chacune se divisant elle-même en deux : une moitié idéelle plongeant dans le virtuel, et constituée, d’une part, par les rapports différentiels, d’autre part, par les singularités correspondantes ; une moitié actuelle, constituées d’une part, par les qualités actualisant ces rapports, d’autre part par les parties actualisant ces singularités. C’est l’individuation qui assure l’emboîtement des deux grandes moitiés non semblables. »
Pour simplifier, l’étranglement du sablier est l’individuation qui va délimiter et souder le potentiel de la substance virtuelle à l’actualisation des idées au sein des relations spatiaux-temporelles, notre matière-espace-temps en quelque sorte.(voir concept de « perplication » qui intègre 1. la complication, 2.l’implication, 3.l’explication)
Ce nœud d’étranglement peut se nommer l’instant, toujours fuyant, mais ô combien présent !
In « Deleuze, une philosophie de l’événement » p.78 « qu’est-ce qui fait passer le présent, et meut par conséquent le temps, le faisant apparaître lui-même comme changement au lieu que ce dernier soit seulement ce qui s’effectue dans le présent ? …A l’image traditionnelle du temps comme ligne, sur laquelle vienne se juxtaposer les présents, se substitue l’idée d’un temps qui progresse en intensité, par une augmentation du nombre de ses dimensions. »… « La succession renvoie ainsi à l’actualisation d’une nouvelle dimension. »
Chaque nouvelle dimension devient une hétérogénéité supplémentaire. Il actualise l’Aion virtuel qui se définit comme « l’instant qui ne passe pas, car en lui coïncide le futur et le passé ». Il n’y a pas de vitesse relative mais absolue qui ne dépend plus d’un espace ou d’un temps déterminé. Le temps (différent de Chronos) ne mesure plus un mouvement. « Le rapport de subordination se renverse, et c’est maintenant le mouvement qui est subordonné au temps, à son hétérogénéité, à l’infini de ses dimensions.
Ce renversement distinctif évite la simple dualité du corps et de l’esprit. « L’esprit est réellement distinct du corps, mais ne se constitue pas un ordre d’existance originairement séparé ou indépendant ; il est la sensibilité même. »… « L’esprit émerge à la surface du corps, l’esprit est l’événement dans ce qui arrive. »… « De l’esprit on ne dira donc pas qu’il existe, mais qu’il insiste à la limite du corps… ».
Ainsi la nature du temps apparaît comme complexe, hétérogène, dynamique et souple.
Qu’envisage un penseur aussi subtile que Bachelard de la dynamique du temps, de la succession des événements (concept de temps horizontal et linéaire, il voit un temps où l’instant est de nature différente, un temps vertical où le temps ne coule plus mais il jaillit) : « Mais est-ce du temps encore ce pluralisme d’événements contradictoires enfermés dans un seul instant ? Est-ce du temps toute cette perspective verticale qui surplombe l’instant poétique ? Oui, car les simultanéités accumulées sont des simultanéités ordonnées. Elles donnent une dimension à l’instant puisqu’elles lui donnent un ordre interne. Or le temps est un ordre et n’est rien autre chose. Et tout ordre est un temps. » in « L’intuition de l’instant »
Où la masse est peut-être une conscience, un observateur …
Et accusons la critique de ce même Bachelard :
p.73 : « Pour M. Bergson, l’instant n’étant qu’une abstraction, c’est avec les intervalles « d’élasticité inégale » qu’il fallait faire des rythmes métaphoriques. La multiplicité des durées est très justement évoquée, elle n’est cependant pas expliquée par cette thèse de l’élasticité temporelle. Encore une fois, c’est à notre conscience que revient la charge de tendre le canevas des instants une trame suffisamment régulière pour donner en même temps l’impression de la continuité de l’être et de la rapidité du devenir. »
« Tendre le canevas… », cela n’est pas sans rappeler la tension du vide qui représente la plus haute énergie connue de l’univers. Une question de conscience dirait-on
Dans Matière et mémoire, Bergson replace la perception dans les choses. Car l’on peut voir sans regarder, entendre sans écouter, sentir sans humer, toucher sans ressentir, manger sans goûter.
Rôle de la perception
En tant que singularité, en tant qu’individuation, nous participons à la création de notre monde. C’est notre devenir, l’hypothèse transcendantale deleuzienne d’un champ de force se confond avec le Temps. « Il faut donc non seulement relier le sens au temps, mais penser le sens comme temps, ou plutôt comme rapport de temps. » in Zourabichvili.
Cette injonction est soupçonnée chez nos physiciens car ils doutent maintenant que nous ayons affaire à un temps trivial. Klein s’exprime ouvertement : « Les théories fondamentales de demain pourraient donc naître des interrogations sur la nature du temps ».
Et à Brian Greene d’ajouter à propos de l’unification des théories des supercordes : « un tel modèle montrerait que l’espace, le temps et, par association, leur dimension, ne sont pas des éléments de définition essentiels à l’Univers. Mais plutôt, ils apparaîtraient comme des notions commodes, issues d’un état originel plus basique, atavique. ». Et le même auteur en conclusion : « …un domaine étrange et nouveau tapi sous la longueur de Planck ; un domaine où il pourrait n’exister ni notion d’espace ni notion de temps. »
A ces mots rêveurs, à la recherche d’une pureté originelle, ces théoriciens hyper matheux pourraient bien se retrouver à faire cache-cache comme l’autruche, la tête dans le sable !
Alors continuons à triturer nos méninges et la matière, avant de nous retrouver dans une négation de nous-même, et voyons des approches originales voire singulière.
D ///
Le temps des réalisations
Des émergences dans l’air : un temps à plusieurs dimensions
Les théoriciens de la physique essaye de faire des théories qui résoudraient les différents paradoxes rencontrés lors d’expériences et de prévisions théoriques.
Pour en citer quelques unes et à titre purement informationnel :
Les Cordes (ou supercorde, théorie M) ; les twisteurs ; la géométrie non commutative, la gravité quantique à boucles ; les triangulations dynamiques causales (La Recherche, sept. 2007).
Des auteurs marginaux vont même plus loin dans la présentation de leur théorie pour légitimer leurs hypothèses sur la réincarnation, le futur et son contrôle (Garnier Mallet) ou encore expliquer le déplacement dans l’espace des OVNIS et développer une synthèse générale d’une cosmologie : la relativité absolue (Eric Julien).
Sans porter aucun jugement sur les implications de leurs talentueux travaux, il est intéressant de remarquer sur quelle base de la physique leur spéculation repose
A) Le dédoublement selon Garnier Mallet
L’auteur s’appuie sur la propriété du temps différentiel entre 2 voyageurs (de Langevin !) qui crée une relativité d’écoulement du temps. Notre double, et c’est ce que l’auteur a prouvé dans sa théorie, emprunterait les ouvertures d’un temps : « Notre vie ne serait qu’une succession d’instants perceptibles, actualisant des impulsions imperceptibles issues d’un futur expérimenté par un double dans les ouvertures d’apparence continue ».
Mais plus que la théorie exposée, ce sont les termes employés qui sont remarquables. Tout au long de cet exposé nous avons articulé le temps sur des concepts dont le maniement n’est pas toujours aisé. « Instants », « perception », « actualisation », « double » virtuel ( ?), continuité du temps et quantification.
Et l’auteur d’ajouter (p.63) « Il fallait que je change complètement ma vision des choses pour comprendre que le passé, présent, futur étaient trois réalités simultanées s’écoulant à vitesses différentes ». Deleuze l’aurait identifié comme un des différentiels qui caractérise la nature du « virtuel ». Le terme est intensif car il ramène à notre capacité perceptive : la distinction. Celle-ci est une différentiation, c’est une opération quasi-mathématique.
B ) La relativité absolue d’Eric Julien
Ici aussi nous partons de l’aspect discontinue du temps quantique et de la dynamique d’un concept de temps, le « chronon » qui est un déploiement de la nature ondulatoire de la particule. Cette unité de temps (dont la réduction conceptuelle a des caractéristiques voisines de la monade de Leibniz soi dit en passant) possede une dynamique fractale – ce qui nous rapprocherait de la théorie du Chaos également.
Le concept de déploiement du temps rejoint les études sur le déploiement du temps, sa densité donc ( cf. Costa de Beauregard); ou encore l’ordre replié et expliqué de David Bohm.
Dans sa relativité absolue, Eric Julien définit 3 temps, dont l’unité est le quantum temporel:
1. le sens du temps, relation de cause à effet, mot clé : transformation
2. la densité du temps, ou fluidité de son écoulement, au plus dense au plus nous voyageons dans le passé et le futur, mot clé : vitesse
3. le présent du temps, c’est-à-dire l’alignement des quantum selon des fréquences harmoniques, mot clé : permanence (pas de transformation).
Voyons de plus près la pertinence de cette théorie à 3 natures de temps :
un axe causal ou flèche du temps où la transformation (quasi) irréversible des événement, soit une transition entre 2 phases où le chaos, est en sandwich entre 2 ordres qu’établit l’harmonique 3eme temps (qui suppose une symétrie : la résonance) mais fugace car poussé par la vitesse d’écoulement du 2eme temps (qui, réflexion faite, devient un passé).
Les 3 comportements du temps conçu dans ce modèle n’explique pas deux éléments essentiels de notre monde : La nature de la gravitation et la matérialité.
Pour E. Julien la conscience crée le monde (c’est le je veux , « la volonté est source causale primordiale ») et le temps est énergie, donc matière (donc Dieu, sic). And so what ? (Et après ?).
L’individu que je suis reste sur sa faim, après la brillante écriture de ces derniers auteurs (Garnier Mallet et Julien) je me sentirais comme Dieu, ma volonté (si c’est la tienne mon Dieu !) crée mon univers, et j’en gouvernerai son attribut principal, le temps, sa maîtrise…mon immortalité !
C ) Contribution impersonnelle :
temps 3 dimensions, n espace à une dimension
Commençons par la fin : ma conscience contribue à déformer l’espace-temps car elle est de même nature que la conscience universelle. Elle relie activement les fibres spatiales qui s’organisent en matière. C’est tout mon devenir qui entre en scène à chaque instant, il ouvre le rideau du théâtre de la perception en des mots Deleuzien : « La perception d’un milieu suppose en effet la contraction préalable de ses éléments… » .
Aux vues de ces triturations temporelles, l’émergence d’un temps non plus homogène mais hétérogènes prend place. Les axes du temps deviennent des paradigmes, une vision synthétique émerge. Ces axes, reliés et accouplés, seront nommés pour une facilité mathématique de la théorie des groupes, temps réflexif, temps symétrique et temps transitif.
Laissons aussi une autre aptitude du cerveau à raisonner (résonner !) en dehors de la linéarité de l’écriture.
Place au dessin !









La petite BÊTE qui monte qui monte…
